Les dernières pluies tombées en fin septembre et au début du mois d’octobre ont engorgé 5% des parcelles emblavées et irréversiblement perdues dans le bassin de l’Anambé, situé dans les départements de Kolda et Vélingara. 18% autres sont exposées. Elles pourraient être irrécupérables si les pluies continuent et que l’eau ne se retire pas vite. Une situation qui inquiète les producteurs et met la pression sur la Direction de la Société de développement agricole et industriel du Sénégal (Sodagri), en charge de l’appui-conseil aux producteurs.

Par Abdoulaye KAMARA(Correspondant) – Les campagnes agricoles passent et se ressemblent dans le bassin rizicole de l’Anambé, à cheval entre les départements de Kolda et Vélingara, au Sud du pays. Cette année encore, comme toujours, le sous-équipement en engins de récolte adaptés au sol de la localité et le mauvais niveau de planage des terres risquent de pourrir la vie des producteurs qui ont semé leurs graines de riz dans les secteurs 1, 2, 4 et 5.

«Seul le Secteur G, nouvellement réhabilité, est épargné pour l’instant», a informé Abdoulaye Daff, Directeur technique de la Société de développement agricole et industriel du Sénégal (Sodagri), en charge de l’appui-conseil aux producteurs. Il explique comment tout est arrivé : «Les dernières pluies tombées en fin septembre et en début du mois d’octobre ont inondé 5% des parcelles emblavées, 18% autres sont exposées et risquent d’être perdues par les producteurs si les pluies continuent ou si l’eau ne se retire pas si vite. En tout, 1100 à 1400 mm de pluie sont tombés. Certaines parcelles sont irréversiblement impactées. Le riz est arrivé à maturité.»

Donnant des chiffres liés aux surfaces touchées, Abdoulaye Daff a ajouté : «Au total, 4200 ha sont emblavés cette saison dans le bassin de l’Anambé. 294 ha ont subi des dégâts irréversibles suite aux inondations, 677 ha sont exposés si les pluies continuent, et la météo ne rassure pas sur ce plan. Ce sont au total 972 hectares qui sont exposés, soit 23% des terres emblavées.» Ce constat et cette estimation, les producteurs l’ont fait avec les techniciens de la Sodagri la semaine passée.

En réaction à cette situation, les autorités de la Sodagri ont saisi le ministère de l’Agriculture, de la souveraineté alimentaire et de l’élevage qui a cherché et obtenu une dizaine de moissonneuses de la vallée du fleuve pour venir appuyer les producteurs en détresse dans le Sud du pays. «Il s’agit de moissonneuses à chenille adaptées à des sols lourds. Mais il faut que l’eau se retire quelque peu. En attendant, les récoltes ont démarré dans les parcelles non concernées, notamment dans une bonne partie du Secteur G», a indiqué M. Daff. Si les pluies ont pu causer ces dégâts, c’est que «les aménagements des secteurs impactés sont devenus vétustes. Le nivellement des terres ne permet plus un drainage des eaux. En plus du manque de moissonneuses adaptées aux sols trempés d’eau», a poursuivi le technicien agricole.

Le cri de détresse des producteurs

La Sodagri et les producteurs n’ont pas encore fini d’évaluer les dégâts en termes d’argent mobilisé et de production à perdre éventuellement. Déjà, le vice-président de la Fédération des producteurs du bassin de l’Anambé (Feproba) a lancé un cri de détresse. Oumar Baldé a déclaré : «Nos crédits de campagne sont engloutis dans ces eaux, et nos espoirs pour faire vivre nos familles durant la morte saison sont minimes. Quid de nos rapports avec nos créanciers ? Nous sollicitons un appui de l’Etat pour payer nos dettes de campagne et rapidement sortir nos productions de ces eaux.» Il poursuit : «L’Etat doit s’engager à réhabiliter l’ensemble des périmètres aménagés. Le Secteur G, qui a été récemment réhabilité, a subi juste 0, 8% de dégâts. Alors que les plus vieux aménagements ont subi de gros dégâts, de l’ordre de 44%. En plus, il faut rapidement renforcer le parc du bassin en engins de récolte lourds, adaptés au type de sol du terroir.» Une lueur d’espoir pour le Secteur 4 : «Les travaux de réhabilitation du Secteur 4 doivent démarrer au mois de janvier prochain. Le financement est acquis. Le chef de l’Etat a tenu la promesse faite aux producteurs à l’occasion de sa visite dans la zone au mois d’avril passé.»

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