Sa proclamation de ne pas faire voter la Lfr a secoué les places financières internationales. Les médias internationaux jugent même que tout le processus de restructuration de la dette du pays pourrait être affecté, ainsi que les négociations avec le Fonds monétaire international.

Par M.G. – Au sein de l’Exécutif ou en marge, Ousmane Sonko continue de peser sur les décisions économiques et sociales du pays. Quand il ouvre sa bouche pour faire une déclaration publique, les places économiques, celles où se prennent les décisions, orientent leurs perspectives sur l’avenir du pays en fonction. Cela a encore été le cas hier. Les obligations en dollars du Sénégal (dollar bonds) ont chuté après la menace de Ousmane Sonko de ne pas voter la Loi de finances rectificative (Lfr 2026). Le site Bloomberg a souligné hier que c’est la plus grosse chute depuis le mois de septembre, soulignant même que de toutes les obligations des pays africains, celles du Sénégal ont connu une dégringolade. Le site américain estime que la sortie du leader de Pastef a même des chances de faire dérailler les efforts de restructuration de la dette du pays, ainsi que l’accord avec le Fonds monétaire international.

Le président de l’Assemblée nationale, sans doute oublieux des actes qu’il avait posés au temps pas si lointain où il dirigeait le gouvernement, gouvernement dont la composition n’a pas vraiment changé depuis son départ -tout au moins en ce qui concerne les personnes aux commandes de l’économie-, s’est permis de porter des critiques très acerbes sur la volonté de l’Exécutif de réduire les subventions sur les produits énergétiques, ainsi que sur d’autres secteurs sociaux.

Ousmane Sonko a critiqué de manière globale la Lfr 2026 ainsi que la Loi de finances 2027, toutes deux déposées sur la table de l’Assemblée, et pour lesquelles les débats sont censés s’ouvrir très bientôt. L’homme qui, pendant un peu plus de deux ans, a piloté des mesures d’austérité économiques telles que le gel des versements de bourses de sécurité familiale et les bourses d’étudiants, qui a gelé les travaux de construction à travers le pays, plongeant dans la précarité le secteur des Btp et tous ceux qui en dépendent, vient aujourd’hui clamer qu’il ne va pas voter un budget d’austérité qui, selon lui, va conduire à un programme d’ajustement structurel sous l’égide du Fmi.

Sa forte critique adressée à la stratégie de restructuration de la dette selon le cadre du Groupe du G20 a été bien saisie par les bailleurs de fonds, les rendant encore plus frileux. Bloomberg cite un spécialiste des marchés émergents qui déclare que «les ajustements fiscaux de l’ampleur de ceux dont le Sénégal a besoin ne sont jamais faciles et nécessitent un consensus politique, que le pays ne semble pas avoir réalisé en ce moment». Le plus drôle est que l’article de Bloomberg présente Ousmane Sonko comme le leader de l’opposition ! Une posture bien commode pour qui veut s’en prendre au gouvernement, mais qui ne reflète pas la réalité de la frustration habitant celui qui voit quelqu’un d’autre mettre en œuvre des mesures que lui avait prises lors de son passage à la Primature.

Cette nouvelle baisse de la valeur des obligations ne pouvait tomber au plus mauvais moment pour les pouvoirs publics et le gouvernement. Déjà, la grève générale qui démarre aujourd’hui est la manifestation d’un désaccord profond entre l’Etat et les partenaires sociaux quant à certaines orientations économiques, prises par l’Etat dans l’optique d’amadouer les partenaires financiers et qui, pour les syndicalistes, ne font qu’aggraver une situation économique déjà bien pénible pour les couches défavorisés du pays. Mais le plus gros paradoxe est que la plus forte critique contre l’action de l’Etat provienne de la deuxième personnalité de l’Etat, personnalité qui, il y a quelques mois, mettait en œuvre les orientations politiques et économiques du gouvernement.

Toutefois, pour les autorités de l’Etat, les sorties de Ousmane Sonko et leurs conséquences ne devraient pas surprendre. Il suffirait de se souvenir des dégradations successives de la note souveraine du Sénégal qui, toutes, systématiquement, intervenaient après une sortie de M. Sonko. Et l’on ne parle pas de la chute des obligations en euros ou en dollars, qui survenaient après les fortes déclarations du leader de Pastef. Les agences Moody’s et Standard & Poor’s ont toujours semblé à l’affût de la moindre déclaration de Sonko pour faire jouer à la baisse la crédibilité institutionnelle du pays. Serait-il encore le cas cette fois ?