Alors que les centrales syndicales de travailleurs ont déposé un mot d’ordre de grève générale couvrant les secteurs public, parapublic et privé pour trois jours, le ministère de la Fonction publique, du travail et de la réforme du service public réagit fermement. Dénonçant le non-respect des procédures légales liées aux préavis, les autorités rappellent les risques de sanctions et exhortent les syndicats au dialogue et au sens patriotique, à une semaine de l’ouverture des Jeux Olympiques de la Jeunesse (Joj).
Le bras de fer s’impose avec la journée des 21, 22 et 23 octobre 2026. Face à la volonté des syndicats de paralyser le pays à travers un mot d’ordre unique touchant l’ensemble de l’économie, l’Etat recadre le cadre légal du droit de grève et prévient contre les dérives juridiques et économiques d’une telle mobilisation.
Un préavis unique jugé juridiquement caduc
Dans un communiqué officiel, le ministère de la Fonction publique, du travail et de la réforme du service public rappelle que si la liberté syndicale et le droit de grève sont consacrés, ils doivent impérativement s’exercer dans le respect des textes régissant chaque secteur d’activité.
Pour les secteurs privé et parapublic, c’est la loi n°2026-18 du 03 septembre 2026 portant Code du travail qui fixe la procédure d’arbitrage et de conciliation. Tout différend collectif doit d’abord être notifié aux autorités du travail (inspecteur du Travail ou Directeur général du travail et de la sécurité sociale). Ce n’est qu’après un constat de non-conciliation ou de conciliation partielle qu’un préavis de trente (30) jours peut être transmis aux directions d’entreprise.
De son côté, la Fonction publique reste régie par la loi n°61-33 du 15 juin 1961 (article 7), qui impose aux organisations syndicales représentatives un délai de préavis écrit d’un mois adressé au ministre compétent ou aux autorités territoriales (maires ou présidents de Conseil départemental). Dès lors, le cumul de ces différents régimes sous un seul pli est rejeté par l’Administration. Le ministère souligne : «Un préavis de grève unique adressé au seul ministre chargé de la Fonction publique et du travail destiné, selon ses auteurs, à produire des effets dans la Fonction publique de l’Etat, la fonction publique locale, les entreprises des secteurs privé, parapublic, ne saurait servir de base légale à une grève générale et couvrir les travailleurs et agents relevant desdits secteurs.»
Risque de sanctions disciplinaires et financières
L’autorité ministérielle met ainsi en garde les travailleurs sur les conséquences légales d’un suivi de ce mouvement d’humeur : «En conséquence, la grève déclenchée en violation de cette procédure est illicite et expose les travailleurs, outre le droit pour tout employeur d’opérer des retenues sur leurs salaires pour les jours non travaillés, à des sanctions disciplinaires et à la perte du droit aux indemnités et dommages-intérêts prévus en cas de rupture du contrat de travail.»
Par ailleurs, concernant le secteur public de l’éducation et de la formation, l’Etat relève qu’«aucun préavis écrit de grève n’a à ce jour été déposé après la signature du protocole d’accord du 16 avril 2026 entre le gouvernement et les organisations syndicales représentatives du secteur».
Appel au patriotisme à la veille des Joj de Dakar
Au-delà de l’aspect juridique, l’enjeu stratégique et réputationnel est au cœur des préoccupations gouvernementales. Ce débrayage intervient en effet à quelques jours du coup d’envoi des Jeux Olympiques de la Jeunesse (Joj), prévu le 31 octobre 2026. Considérant cet événement comme une vitrine majeure qui «mobilise l’ensemble de la Nation et engage l’image du Sénégal sur le plan international», le ministère en appelle solennellement au «sens des responsabilités et à l’esprit patriotique des organisations syndicales, afin que la continuité du service public soit préservée».
Priorité au dialogue et au suivi du Pacte de stabilité sociale
Pour le gouvernement, les motifs d’insatisfaction soulevés par les centrales ne nécessitent pas une épreuve de force. Le ministère rappelle que «la plupart des points de revendications relèvent des engagements souscrits dans le Pacte national de stabilité sociale pour une croissance inclusive et durable» dont l’exécution fait déjà l’objet d’un suivi régulier via le Comité de pilotage et le Comité technique.
S’alignant sur la position de la Primature, le ministère invite formellement les centrales syndicales à accéder à la demande formulée par le Premier ministre de renoncer à ce débrayage, dans le but de «promouvoir un cadre serein de dialogue et de poursuivre les discussions, au moins d’ici janvier 2027».
Commentaires (0)
Soyez le premier à réagir.
Se connecter pour commenter