La campagne des Premières dames pour peser lourd aux prochaines élections bat son plein : quand Absa Faye sillonne le pays profond pour panser les plaies nationales, Marie Khone Faye déploie ses talents à l’international…
Pour un courtisan retors, le chic de cirer les pompes d’un Président monogame réside dans l’évidence des escarpins à cirer…
Sédar et Colette Senghor ont assez de classe pour ne pas confondre les genres : les sollicitations des gens de peu envers la Première dame sont du ressort de la Fondation nationale pour l’action sociale, la Fnass, reliée à la Présidence. Colette Senghor, une des plus élégantes de la planète, pousse la classe jusqu’à rester à sa place à la Présidence deux décennies durant : pas une faute de goût au compteur…
Rarement, les lèche-bottes de la République ont eu à souffrir de ce genre de dilemme : de 1960 à 1980, la Colette de Senghor reste indétrônable. En revanche, de 1980 à 1990, la Elisabeth de Diouf peine à se faire sa p’tite cour.
Le problème : durant une décennie, elle fait face à rude concurrence…
Non par le fait d’une sulfureuse maîtresse dont les galbes démoniaques font trembler la République à travers les émois d’un Président volage, mais par la dualité tacite au sommet d’alors : la cour de Marianne Turpin, l’épouse du ministre d’Etat Jean Collin, le véritable maître du pays, est le lieu où il faut se faire remarquer. Pour faire carrière, quand le talent n’y suffit pas, il faut lui plaire.
C’est la fabrique à enfants gâtés de l’Etat…
Etre dans les bonnes faveurs de Marianne Collin, une décennie durant, assure la gloire, la fortune et l’impunité. En semaine, à la descente, les manigances des soupirants aux hautes fonctions de l’Etat se concentrent avenue Carde, dans le jardin d’une villa apparemment insignifiante, où la maîtresse de maison attribue généreusement des galons. Un directeur de société de pêche devient ministre pour avoir eu l’intelligence, tous les week-ends, d’arriver avec des cargaisons de poissons et fruits de mer. Un autre directeur de société nationale garde son poste pour sa science incomparable des beignets et «pastêls» en after-work. La capitale administrative du Sénégal installe ses pénates à Ndiaffate, le village natal de Marianne Turpin, où il est judicieux de se faire remarquer quand l’obsession d’une carrière de haut fonctionnaire vous habite, et plus si affinités…
Il faudra, selon Abdou Diouf en personne, un incident à la kermesse de Ziguinchor, transformée par l’abbé Lucien Basse en rendez-vous des Vip. Marianne Collin, qui y a ses habitudes, entourée de son imposante cour, fait face à Elisabeth Diouf dont les accompagnantes font peine à voir. La Première dame officielle aurait demandé à la vraie Première dame de venir lui servir de faire valoir… La réponse de Marianne Collin sera sèche : «Je ne suis pas sa dame de compagnie !» Elisabeth Diouf rentrera à Dakar avec le sentiment d’avoir été humiliée et pleurnichera auprès de son Président d’époux.
Vous connaissez la suite…
Marianne Collin hors de course, Elisabeth Diouf prend ses aises. Un premier discours lors d’un sommet de Premières dames à l’autre bout de la planète allume la mèche : les néoconvertis au magistère de Elisabeth Diouf font un tintamarre à un point tel que le Parti socialiste en fait une question d’honneur…
Elle sera accueillie en fanfare, de retour de ses pérégrinations.
Certes, elle s’enhardit comme présidente d’honneur de la Croix-Rouge, distribuant à tour de bras des moulins aux rurales à une encablure de la Présidentielle de 1988. Le malicieux opposant d’alors, Abdoulaye Wade, s’en sert pour l’affubler d’un sobriquet assassin en pleine campagne : «Madame Moulin»…
Jean Collin remercié, Elisabeth Diouf s’enhardit, jusqu’à inaugurer la Fondation Solidarité et Partage, la première du genre qui met sur orbite l’épouse du chef de l’Etat comme second couteau dans la campagne de séduction présidentielle.
Viviane Vert fera mieux, ou pire, avec sa Fondation Education Santé. Elle prend ses marques dès la prise de fonction de son mari et sera la vraie ministre de la Santé des années Wade, même si son rôle reste tout ce temps institutionnel : jamais elle ne bat campagne pour son mari ; elle suit seulement la conviction qui lui permet de tenir un quart de siècle dans l’opposition sénégalaise…
Arrive Marième Faye en 2012, le piston de Macky qui lui insuffle le courage d’affronter l’adversité jusqu’à arriver au pouvoir, «une vraie Sénégalaise», persifle-t-on chez les nouveaux parvenus. Sa fondation, «Servir le Sénégal», résonne comme la vengeance de tous les frustrés qui assistent à la bamboula du régime des Wade. Elle pousse l’indécence du populisme jusqu’à violer l’intimité de ses compatriotes en se faisant filmer en train de remplacer des matelas ou réfectionner des WC chez les pauvres…
Le trio présidentiel qui débarque en 2024 est inédit.
Notre polygame de Président ne doit pas en mener large : doit-il s’enflammer pour Absa Faye qui sillonne le pays profond pour soigner les pauvres, avec deux remarquables shows à Matam et Ourossogui, et un prestigieux lancement de campagne contre le cancer du sein le 27 septembre ? Ou alors s’embraser pour Marie Khone Faye qui convoque les Premières dames du continent pour plaider la cause des femmes et des filles, avec en bonus un discours convenable et des pas de pakargni qui déchaînent les passions sur le Net autant que ceux de sa Sainteté Sokhna Aïda Diallo ?
Lors de la soirée des Premières dames au Terrou Bi le 13 octobre 2026, Bassirou Diomaye Faye ne se permet aucun battement de cils avec raison : les dix-huit millions de synergologues sénégalais seraient capables d’interpréter le moindre mouvement facial comme une déclaration d’amour enflammée pour l’une que l’autre ne supporterait pas…
Il a assez de soucis comme ça avec la dette cachée.
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