Pour la toute première fois de son histoire, la famille des Nations unies a célébré le 81e anniversaire de la Charte de l’Onu au sein de sa toute nouvelle Maison à Diamniadio. Réunissant diplomates, membres du gouvernement sénégalais et fonctionnaires internationaux, cet événement historique marque le passage au concret d’une synergie multilatérale renforcée, résolument tournée vers la jeunesse et la souveraineté numérique.

Une première historique au cœur de la cité du futur : c’est un tournant majeur pour la diplomatie et le multilatéralisme en Afrique de l’Ouest. Ce vendredi 23 octobre 2026, la Journée des Nations unies a revêtu un éclat particulier au Sénégal. Pour la première fois depuis son inauguration et la signature officielle de l’accord d’occupation le 12 juin dernier en présence de Amina J. Mohammed, vice-Secrétaire générale de l’Onu, la célébration s’est tenue au sein du complexe ultra-moderne de la Maison des Nations unies de Diamniadio. Dans un auditorium de 500 places quasi comble, le corps diplomatique, les représentants gouvernementaux et les dirigeants du système onusien se sont rassemblés pour marquer le 81e anniversaire de l’organisation. Un moment empreint de solennité, d’enthousiasme et de pragmatisme.

Ouvrant la cérémonie, la Coordonnatrice résidente du Système des Nations unies au Sénégal, Mme Aminata Maïga, a accueilli les invités avec une formule chaleureuse : «Vous êtes ici chez vous.» Soulignant la portée symbolique et opérationnelle de cette infrastructure érigée par l’Etat sénégalais, elle a affirmé : «Cette maison est bien plus qu’un bâtiment. Elle incarne une ambition : celle de Nations unies plus unies, mieux coordonnées, plus efficaces et plus proches des populations. En célébrant aujourd’hui notre anniversaire dans cette maison, nous ouvrons un nouveau chapitre de notre partenariat avec le Sénégal, placé sous le signe de l’unité, de l’innovation, de l’efficacité et de la solidarité.»

Cette vision a trouvé un écho fort auprès du corps diplomatique. S’exprimant en son nom, M. Jean-Luc Aka-Evy, ambassadeur de la République du Congo, a résumé le soulagement et la fierté collectifs : «Madame la coordonnatrice, j’allais dire : «Ouf, enfin, nous sommes chez nous.»» Invoquant la philosophie africaine ubuntu («je suis parce que nous sommes»), il a salué en ces lieux une véritable «maison de l’humanité».

L’engagement ferme de l’Etat sénégalais

Présent aux côtés de son homologue en charge de l’Agriculture, Cheikhou Oumar Ba, le ministre de l’Intégration africaine, des affaires étrangères et des Sénégalais de l’extérieur, Cheikh Niang, a réitéré la constance des engagements de l’Etat : «Le Sénégal reste attaché aux idéaux de paix, de justice et de prospérité que vous poursuivez au quotidien. C’est tout le sens de l’édification de la Maison des Nations unies.» L’ancien Représentant permanent du Sénégal auprès de l’Onu à New York a rassuré la Communauté internationale sur l’accompagnement du gouvernement dans le processus de relocalisation du personnel à Diamniadio, garantissant le suivi nécessaire pour permettre à chaque agence d’exécuter ses missions dans des conditions optimales.

De son côté, Mme Maïga a tenu à souligner la volonté politique portée au plus haut sommet par le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, confirmant le statut central de Dakar en tant que pôle régional incontournable hébergeant les agences pays, les bureaux régionaux et le Bureau des Nations unies pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel (Unowas).

Placée sous le thème «L’Onu et le numérique : accélérer l’emploi et l’autonomisation des jeunes à l’ère de l’Intelligence artificielle», cette édition 2026 s’inscrit au cœur des préoccupations sociétales actuelles. Quelques jours après des échanges fructueux conduits avec les étudiants au Centre africain d’études supérieures en gestion (Cesag), les intervenants ont insisté sur la double nature de l’Ia.

M. Cheikh Niang a rappelé le New Deal technologique, la stratégie nationale portée depuis février 2025 par le Président Faye pour faire grimper la contribution du numérique à 15% du Pib d’ici 2034 et générer 350 000 emplois. Face aux inquiétudes sur l’impact des algorithmes sur le marché du travail, le ministre s’est voulu rassurant : «Ce qui est problématique, c’est davantage l’usage que l’on peut donner à l’Ia que l’outil lui-même.» Il a ainsi appelé l’Onu à appuyer une gouvernance éthique pour un usage inclusif et humaniste des technologies, tout en rappelant la proximité de l’ouverture des Jeux Olympiques de la Jeunesse (Joj Dakar 2026), prévue le 31 octobre.

Sécurité globale et

synergie des acteurs

De son côté, Leonardo Santos Simão, chef de l’Unowas, a rappelé la portée stratégique de l’intégration régionale : «Face aux défis qui dépassent les frontières, la coopération n’est pas un choix de circonstantialité. C’est la con-dition même de notre sécurité et de notre prospérité commune. La sécurité ne se gagnera pas uniquement par les armes ; elle exige de la justice, de l’éducation, de l’emploi et de la confiance.» Cette solidarité s’est exprimée à tous les niveaux au cours de la semaine : du don de sang citoyen organisé par le personnel aux interventions remarquées du président de la Funsa (Oumar Coulibaly) et du président de l’Asafi (Abdou Khadr Diakhaté), lequel a rappelé avec pertinence que «l’expérience ne prend pas sa retraite» face aux mutations technologiques. L’ouverture con-crète des premiers bureaux opérationnels par la banque de l’Onu, l’Unfcu représentée par Timothy Challen, est venue sceller la viabilité immédiate du site. La célébration s’est conclue par une touche culturelle poignante : une pièce de la célèbre troupe théâtrale Kocc Barma de Rufisque. A travers leur jeu d’acteurs, ces artistes ont invité la jeunesse sénégalaise à saisir l’ère du numérique avec créativité, audace et résilience.