Pastef ne votera pas la Loi de finances rectificative 2026 dans sa forme actuelle. Ousmane Sonko l’a annoncé ce lundi 19 octobre à Dakar. Il ne ferme toutefois pas la porte à un consensus.

Par Malick GAYE – Ousmane Sonko, président de Pastef et de l’Assemblée nationale, a indiqué que son groupe parlementaire ne votera pas le projet de Loi de finances rectificative (Lfr) 2026 «dans ses conditions et sa forme actuelles». Mais reste ouvert au dialogue pour «l’intérêt du Sénégal». Pastef dispose de la majorité à l’Assemblée.

Après les propositions de loi rejetées par le pouvoir et bloquées par le Conseil constitutionnel, le dossier de la Lfr est au centre d’un bras de fer entre l’Exécutif et le Parlement depuis l’été. Dans un communiqué datant du 16 juillet, l’Assemblée nationale avait indiqué que le projet n’avait pas été régulièrement réceptionné, le courrier du gouvernement du 29 juin n’étant pas accompagné du texte. Un décret du Président Bassirou Diomaye Faye, portant le numéro 2026-1645, a ensuite remplacé le décret du 29 juin, resté sans suite.

Si Ousmane Sonko a articulé son refus autour de plusieurs points. Il y a surtout l’encadrement des fonds spéciaux. Il le dit clairement : «Nous n’allons jamais voter la Loi de finances rectificative sans l’encadrement des fonds spéciaux. Cette fois-ci, le Conseil constitutionnel ne volera pas à son secours.»

Les subventions énergétiques

Le document prévoit une baisse de 237 à 238 milliards de F Cfa des subventions au secteur de l’énergie et des produits pétroliers. Selon Ousmane Sonko, cette réduction risque d’entraîner une hausse des prix des carburants à la pompe. Il affirme qu’elle aurait un effet direct sur le pouvoir d’achat des ménages, sur les coûts du transport et sur le fonctionnement des entreprises. Le président de l’Assemblée dénonce des choix budgétaires qu’il juge préjudiciables au Plan de redressement économique et social (Pres), parlant de «sabotage». Le texte rectificatif revoit à la baisse les projections de recettes du Pres : 311, 5 milliards de F Cfa à fin décembre 2026, contre 762, 9 milliards initialement inscrits.

Ousmane Sonko a qualifié la Lfr de «mauvaise loi pour le pays». Il évoque une inadéquation avec les promesses de transformation économique et avec la gestion des budgets sociaux. Il relève aussi un décalage entre les annonces et les montants effectivement inscrits, citant notamment 22 milliards de F inscrits sur certains volets, là où 70 milliards avaient été annoncés.

Une main tendue au gouvernement.

Malgré ce rejet, Ousmane Sonko a précisé que si le gouvernement fait preuve de retenue et se montre raisonnable, les deux camps pourront «s’asseoir autour de la table pour trouver un consensus dans l’intérêt des Sénégalais». La position définitive de Pastef lors du vote dépendra, selon lui, de la prise en compte de ces réserves et des ajustements apportés au texte.

A ce stade, la date de l’examen du projet en séance plénière n’a pas été précisée. Mais, le leader de Pastef, qui préside l’Assemblée, ne ferme pas la porte. «Nous lançons un appel à l’Exécutif. Nous sommes prêts pour un dialogue franc et sincère», a-t-il déclaré, tout en dénonçant «le mépris dont l’Exécutif ferait preuve envers les députés» de son camp.